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Mexic° Celsius

7 May 2016

| par

El Jardin du centre-ville, près du Templo de Carmen. Les gens attendent à l'ombre des arcades ou des lauriers que le soleil descende.

 

En sortant de chez moi ce samedi, de deux pas, je me mis à transpirer.

 

Le mois de mai dans cette région du Mexique n'est pas censé être si chaud. Les gens d'ici me disent que les années précédentes, les grandes chaleurs n'avaient commencé que fin juin ou juillet, et qu'elles étaient contrebalancées par la saison des pluies qui arrivait à cette même époque. Un bon orage tous les soirs pour rafraîchir l'atmosphère et permettre aux hommes de fermer un peu les yeux la nuit.

 

Mais partout dans cette zone de la planète que nous délimitons par les tropiques, comme nous aimons tout délimiter par des lignes fictives, le temps se dérègle.

 

En roulant dans mon four sans climatisation, j'écoute les nouvelles locales qui parlent d'une canicule sans précédent dans le nord de l'Inde ; plus de 50 degrés et pas un nuage. Tout le monde utilisant la clim à fond, les pannes d'électricité s'enchaînent et du coup, plus de clim du tout.

 

Je change d'ondes. J'ai besoin de fraîcheur.

 

Feu rouge. Je déteste les feux rouges. Pas de vitesse, pas de vent ; pas d'air. Sueurs.

Je m'avance un peu pour profiter de l'ombre courte et timide d'un gros camion dans la file d'à côté qui m'envoie ses échappements. Je me demande comment les pneus font pour ne pas exploser.

 

Ça bouchonne : un bus s'enlise dans le goudron fondu d'un bas-côté. Ils conduisent vraiment n'importe comment, ces autobus, ici. Prêts à tout pour passer les premiers au feu verts et les derniers avant le rouge. Voire après.

 

Mon collègue allemand qui vient d'arriver est sous le choc. En 15 heures de voyage environ, il est sorti de la pluie et du froid du Baden-Württemberg pour débarquer sous le soleil de Guanajuato.

"Tu as la température sur le tableau de bord ?"

Je le regarde en souriant. "Non", je lui dis. "C'est mieux comme ça, crois-moi." Il se renfrogne et ouvre des gros yeux de merlan frit. Il ne doit pas être loin de frire en effet.

 

 La ville est cernée d'une brume de chaleur.

 

J'ai un ami avec qui je passe toutes mes nuits depuis peu.

 

Je l'ai rencontré au supermarché, je l'ai tout de suite invité chez moi. Il reste dans ma chambre toute la journée, tranquille. Mais quand je rentre, il s'active, et c'est un vrai bonheur.

 

Il veille sur mon sommeil, il regarde à droite, à gauche, il tourne, il tourne, il m'apaise.

 

Je l'ai nommé Éolos.

 

Si je dois monter un business dans ce pays, il porterait le même nom et se dédierait à la vente de ventilateurs, comme mon Éolos à moi. Tous les Mexicains en ont un chez eux, dans chaque pièce, un autre au bureau, et si c'était possible, un sous la douche quand l'eau du reservoir sur le toit ne retombe pas en-dessous des 30°, même la nuit.

 

Le seul problème avec Éolos, c'est que quand l'air est brûlant tout autour de lui, il ne brasse que de l'air brûlant ; au lieu de me rafraîchir, il m'envoie les caprice de son ami Hélios en pleine face.

 

Si je dois un jour vendre mes Éolos aux Mexicains, ce serait avec un système amélioré d'injection d'air frais devant l'hélice pour qu'il soit ensuite propulsé dans la pièce.

 

Moui. On appelle ça de l'air climatisé. Ça existe déjà. J'ai juste pas les moyens.

Bon passons.

 

 

La vie au Mexique se vit dans la rue.

 

C'est pour ça qu'ils aiment tant à faire la sieste : il est impossible de vivre dans la rue entre 11 et 16h, il y fait beaucoup trop chaud.

 

Seuls quelques gamins inconscients y courent après un ballon dans une cascarita improvisée*. Leurs aînés se cachent sous leur sombrero et papotent pour ne rien dire.

 

* Une cascarita est une partie de foot improvisée, dans la rue, que l'on doit évidemment interrompre à chaque voiture qui passe. 

Le nom vient de cascara, la peau d'une orange, laquelle était utilisée comme ballon de fortune quand ceux-ci étaient encore en vrai cuire et coûtaient cher.

 

Fait intéressant : tous les enfants d'Amérique latine jouent au foot dans la rue, mais tous n'ont pas le même nom pour cette activité :

- Au Guatemala, on appelle ça chamuscas. On y enflammait (chamar) la balle pour ne pas la perdre dans les rues alors sans éclairage public.

- En Argentine, on joue à la picada ;

- Au Brésil, c'est une pelada ;

- On fait une pichanga au Pérou et en Argentine ;

- En s'éloignant un peu des langues latines, mais pour la culture générale, on notera que si les Américains jouent au pick-up soccer, les Britanniques préfèrent un kick about, avant l'heure du thé.

 

 

Le temps se dérègle, au Mexique. Je parle maintenant du temps qui passe. Les journées sont longues, chaudes, et les nuits tombent vite. Et puis la lune ne dort pas. Alors les hommes non plus.

 

 Les commerces ferment tard et prennent possession des pavés à la tombée de la nuit.

 

 

Sortir le soir, juste un polo sur les épaules et l'impression que c'est encore trop, marcher entre les animations nocturnes du centre, les commerces ambulants qui aguichent de leurs odeurs de friture, des tamales de Oaxaca, de gaufres à la cajeta et des nombreuses autres spécialités nationales.

 

 

 

 

Écouter un clown attirer les passants.

 

Regarder danser les costumes de quelques couples âgés au son d'un haut-parleur grésillant posé là par un voisin.

Déambuler, observer, profiter.

 

Quand je regarde le ciel c'est comme si j'y étais, et que je pouvais me voir de là-haut. Regarde la distance entre ici et chez toi ! Quelle chance tu as d'être là.

 

 

 

 

 

 

 

La chance, c'est bien. Savoir qu'on en a, c'est encore mieux.

Mais le but de tout cela, c'est d'en tirer quelque chose. Est-ce que profiter à fond de chaque instant, c'est suffisant ? Faut-il pousser sa chance et oser la rencontre ?

Faut-il pousser des portes et oser la question ?

 

Je crois que oui.

 

Qu'ai-je à y perdre ? À y gagner ? Le calcul est vite fait.

Allez, poussons. Poussons la chance, la chansonnette, les portes et les conversations. Poussons le vice jusqu'à profiter de sa chance jusqu'à en tirer profit.

 

Poussons-nous hors de notre zone de confort. C'est dans le creux de la vague que la vie devient palpitante.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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