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Rencontre - Une façade de Cadereyta

11 Jun 2016

| par

 

 

Máyela est obstétricienne à Cadereyta.

 

Cadereyta, "ce n'est ni un village, ni une ville", comme elle le disait elle-même ; "c'est juste un centre pour les villages autour, avec beaucoup de déchets."

Je ne sais pas si elle parlait des détritus dans la rue, que je ne voyais pas tant que ça, ou des ados qui faisaient des gestes obscènes à notre passage à ce moment-là.

 

Du jardin, nous avions marché en léchant nos glaces, ou nos "neiges" comme ils disent, jusqu'aux bassins.

"C'est très profond", expliquait-elle ; "autrefois, quand il n'y avait pas encore l'eau courante, les gens venaient se ressourcer ici. Aujourd'hui, ce n'est plus qu'une sorte de grande mare verdâtre où les amoureux viennent se bécoter et où certains se noient l'été à cause des courants de la fontaine qui les attire vers le fond."

 

 

 

Máyela avait cet humour et cette personnalité directe, critique, presque sarcastique des gens de la santé publique. Elle avait cette lucidité sur sa situation et sur la vie qui la faisait parler en souriant tout en faisant comprendre qu'elle n'était pas à envier.

Elle disait à son amie Moni : "Je me suis renseignée, les pays où les sages-femmes sont le mieux payées sont l'Australie et le Canada. Je me suis mise à apprendre l'anglais mais mon mari est trop attaché à son village d'origine."

"Toi tu n'es pas d'ici ?" je lui demandai.

"Oh, de pas loin. Je suis née dans un village où il n'y avait aucun soin, dans une chambre un peu sale un soir où il faisait très chaud. Ma mère en est morte. Je crois que c'est cela qu'on appelle une vocation : depuis ma naissance je voulais être obstétricienne. Aujourd'hui je me demande vraiment ce qui m'a pris..."

 

Máyela a quatre enfants : Björk, Björg, Björt et Björn.

J'ai du mal à la croire jusqu'à ce qu'elle me montre une photo.

 

 

"C'est pour eux que je fais ça..." Regard nostalgique perdu dans les reflets glauques des bassins et le vol d'une hirondelle.

Dans un parc juste à côté, la banda reprend : trompette, guitare, basse et tuba, et puis recouvrant le tout, une voix d'homme avec force trémolos.

 

 

Máyela sourit.

"C'est mon mari" dit-elle. "Il chante pour des fêtes ou des événements privés. C'est dire s'il est attaché aux traditions de ce pays."

 

 

Pieds et poings liés.

 

Máyela est une femme aux cheveux grisonnants, aux lèvres rouges rouges rouges, aux rides cachées dernière une crème anti-âge, aux yeux marrons comme tous ceux de son pays mais à la peau plus claire que ses pairs, au destin condamné mais au regard défiant comme pour dire qu'elle l'affronterait la tête haute.

C'est dans ces cas-là, m'a-t-elle expliqué à demi-mots, qu'on se raccroche à des choses qui comptent. Des bonnes raisons. La famille, les enfants qu'on accueille dans la vie, les amis qui passent dire bonjour en promenant les touristes...

A mon tour de sourire.

 

Regardant s'éloigner son pull en laine large au col et son débardeur, son jean et ses chaussures basses à paillettes, nous la laissons remonter dans sa Chrysler "de maman", 6 sièges, jouets un peu partout, écrans intégrés qui descendent du plafond et encore les échos des "laisse tranquille ton frère" ou des "quand est-ce qu'on arrive".

 

Elle m'a laissé sur la place du jardin avec une image de femme heureuse, dynamique, bien dans sa vie. Mais ses regards emplis de désir d'une vie dans mon pays, moi, un touriste inconnu, son discours, ses envies à l'envi et son sourire en coin m'ont fait comprendre qu'une façade peut vite s'écrouler lors d'une simple rencontre avec un étranger.

 

 

Deux des façades de Cadereyta.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Merci à Mayela pour ses permissions de publication.

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