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Veracruz la quatre fois (pas vraiment) héroïque

21 Jul 2016

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Les touristes français sont au centre de l’attention à Veracruz, pour plusieurs raisons : certaines historiques, d’autres d’actualités.

 

Commençons par l’actualité.

 

 

 

Ici tout le monde regarde le foot, et tout le monde avait suivi l’euro 2016. D’après la majorité des Mexicains interrogés, le foot européen est le meilleur du monde... Affirmation ouverte au débat. Mais quand la France se trouve être le pays hôte de l’édition actuelle et qu’en plus les bleus arrivent en finale, et qu’ils perdent de si peu, alors les aficionados du coin ne manquent pas de lancer la conversation sur le sujet, soit avec empathie en déplorant la victoire du Portugal, soit avec ironie en disant que vraiment, c’est pas de chance, hein, à 2 minutes de la fin des arrêts de jeu…

N’empêche, je ne sais pas combien de Français seraient capables de commenter le match de la copa america où le Mexique a lamentablement perdu 7-0 contre le Chili – et a beaucoup pleuré.

 

La deuxième raison pour laquelle les Mexicains aiment parler aux touristes français est le triste événement de notre dernière fête nationale, à Nice. Personne ici n’avait entendu parler du 14 juillet. Maintenant tout le monde connaît, hélas, la date de nos feux d’artifice républicains. « Tu viens de là-bas ? Tu connais des victimes ? » Ce serait plus croustillant, évidemment, pour raconter aux copains…

 

Mais ça c’est valable pour tout le pays. Tous les Mexicains de 7 à 77 ans suivent le foot, et tous ceux de de 12 à 92 regardent les infos.

La dernière raison, plus locale cependant, est due à l’intervention des Français dans l’histoire de la ville. Alors parlons d’abord de cette fameuse Veracruz.

 

 

Le port de la Nouvelle-Espagne

 

Quand il arriva de Cuba sur les rives quasi inexplorées du Golfe du Mexique en 1519, Hernan Cortes, troisième espagnol à venir sur cet étrange continent, fonda une ville pour le Roi d’Espagne : la Ville Riche de la Vraie Croix, ou, dans la langue de Cervantès, Villa Rica de la Vera Cruz.

Avec le temps, on a juste gardé la fin, parce que bon, on n’a rarement vu de grandes villes à plus de trois syllabes.

De là commença l’incroyable épopée des conquistadors jusqu’à la capitale maya, Tenochtitlan, aujourd’hui Mexico.

 

Mais sur la côte, il fallut du temps pour que la ville prenne forme. Entre mer et désert, battue par les nortes, ces forts vents secs descendant du nord, la ville était pauvre en ressources naturelles. Ce n’est qu’en 1598 que le premier toit a été terminé, avec des pierres qu’il avait fallu importer par bateau de la péninsule du Yucatán, plus au sud sur le golfe.

La ville s’est ensuite développée rapidement, obtenant un traité de libre-échange avec plusieurs pays, et devenant dès le XVIIIe siècle LA porte d’entrée des marchandises au Mexique.

Détrônée par des grandes villes côtières américaines, Veracruz n’a perdu son titre de « plus grand port du continent américain » que vers le milieu du XXe siècle.

 

 

 

 

L’empire français au Mexique

 

En 1861, après une guerre civile appelée « de la réforme », le Mexique ne pouvait pas payer ses dettes extérieures. Les Espagnols, les Anglais et les Français, ses créanciers, décidèrent d’occuper Veracruz pour tirer des taxes de nombreux échanges commerciaux et tenter de se rembourser.

Suite à quelques négociations, les Espagnols et les Anglais s’en allèrent. Mais pas les Français, oh non ! Le prétexte était trop beau pour Napoléon III qui voyait là une belle opportunité d’agrandir son empire...

Les troupes françaises sont tout de même arrivées jusqu’à la capitale mexicaine en juin 1863 malgré les guérillas organisées par les résistants. La situation s’étant un peu calmée un an après, un couple impérial est envoyé par Napoléon pour gouverner ce nouvel empire ; il s’agit de Maximilien de Habsbourg, nommé Empereur du Mexique, et de son ambitieuse femme Carlota.

Mais le peuple ne suit pas, les troupes s’épuisent, les villes sont peu à peu regagnées par la résistance, et notre couple impérial est finalement fusillé en 1867.

Long feu pour l’empire français du Mexique…

 

 

 

La guerre des pâtisseries, ou la fierté de la cuisine française

 

Nous n’allons pas refaire toute l’histoire de Veracruz, mais parmi les quatre batailles que le port a subies, une autre implique aussi les Français et, je trouve, est digne d’attention.

On l’appelle la guerre des gâteaux.

La première version que j’en ai entendue m’a parue assez simpliste : même le très documenté guide du Routard n’en donne qu’un étrange aperçu :

 

« En 1838, une pâtisserie française de Mexico fut saccagée par des pillards. Dépité, le propriétaire écrivit à Louis-Philippe. Le roi envoya une escadre de 22 navires pour faire le blocus de Veracruz. On ne rigole pas avec l’honneur des Français ni avec la nourriture ! Non mais ! »

 

Bien. Ça, c’est l’histoire que les locaux aiment ressortir aux touristes. C’est marrant.

Mais après quelques petites investigations, il se trouve que la réalité est un peu plus complexe.

 

Il s’agissait d’un problème économique (c’est souvent l’argent, quand on creuse, qui est un peu à l’origine de bien des conflits…).

Les commerçants français au Mexique devaient payer de lourdes taxes pour la vente de leurs produits, en particulier pour l’alimentation. Ce qui a mis le feu aux levures boulangères c’est quand des politiques ne payèrent pas l’addition à un restaurant français après y avoir mangé quelques bons gâteaux comme on les aime, et que le propriétaire réclama une indemnisation de soixante mille pesos au gouvernement ! (Certaines versions parlent de dommages faits au mobilier de son établissement, ce qui pourrait justifier une telle témérité financière.)

 

C’est suite au refus (évidemment) des Mexicains et à d’autres tensions avec les ressortissants français dues à des accusations de piraterie que l’on décida à Paris d’envoyer de quoi bloquer le port de Veracruz pour « infliger (…) une punition exemplaire qui servira de leçon salvatrice pour tous les autres États américains, c’est-à-dire faire savoir les intérêts de la France si l’on veut qu’elle soit respectée », selon les mots du vice-consul Aimé Roger qui avait incité de faire de même à Buenos Aires, en Argentine.

C’est vrai, quoi, respectez les Français, à la fin, les faites pas payer trop cher quand ils s’installent à l’étranger…

 

Toujours est-il que Veracruz fut le théâtre de ces conflits, de même que trois autres fois, dont les batailles contre l’Empire Napoléonien, et qu’à chaque fois elle a perdu.

 

Mais la fierté des Veracruzanos leur fait tout de même dire que la ville est « quatre fois victorieuse » ; la preuve : elle est toujours là.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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