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Planter l'espoir dans une favela de Rio

25 Jan 2017

| par

De la poudre blanche au sable doré

 

Jair est Carioca – ainsi s’appellent les habitants de Rio de Janeiro au Brésil.

Né dans la favela Chapeu Mangueira, juste au-dessus de la fameuse et immense plage Copacabana, il vit maintenant dans la favela voisine de Babilonia ; il y était d’abord venu parce que les affaires, en tant que trafiquant de drogues, étaient meilleures.

Aujourd’hui, son destin a changé – et il change celui de bien d’autres gens.

 

 

Jair a décidé seul de sortir du trafic de drogues lorsqu’il était adolescent, pour « augmenter son espérance de vie », explique-t-il.

Selon lui, ce n’est pas difficile de sortir, c’est juste que quand on y est, on en dépend complètement, financièrement et matériellement. Donc quand on en sort, on n’a plus rien. Il faut refaire sa vie depuis le début.

C’est précisément ce qu’il voulait faire.

 

Il a commencé par monter sa propre baraca sur la plage, pour louer des chaises et vendre de l’eau de coco. C’était encore à l’époque où il n’était pas nécessaire de déclarer son activité commerciale, et quand cela fut obligatoire, il n’a pas obtenu sa patente.

Mais il avait économisé juste assez d’argent pour retourner à l’école, l’équivalent de notre première année de lycée. C’est là qu’il a entendu parler d’un projet de la préfecture de Rio… dans sa propre favela !

 

 

Planter des arbres et faire pousser l’espoir

 

CoopBabilonia a pour objectif de reboiser le sommet de la colline de Babilonia et de Mangueira. Dans les années 80 en effet, les collines de Babilonia, Leme, São João et Urubu avaient été déforestées, et des incendies finissaient le travail de destruction de la couche végétale et native à cause de l’herbe de Guinée, sèche et facilement inflammable. Un vrai désastre, quand on sait que rien qu’à Rio et aux alentours, il y a plus d’espèces d’oiseaux que dans toute l’Europe ! (source : O Globo, article en portugais)

 

Des problèmes d’érosion et des glissements de terrains survenaient par conséquent après les pluies, et habitations de la favela étaient inondées de la boue du sommet et, pour ceux qui résident plus bas sur la colline, des détritus des voisins d’au-dessus. La ville a donc commencé à recruter et à former des agents de reforestation parmi les habitants en 1987.

D’une cinquantaine de candidats, seulement 26 obtinrent la certification nécessaire. Jair était de ceux-là.

 

 Les progrès de la reforestation suite à l'incendie des années 1980

 

 

La coopérative emploie aujourd’hui 36 personnes, répartissant équitablement les responsabilités et les salaires. Le travail ne manque pas : les premiers arbres plantés à la fin des années 80, des lucianas, ont été coupés pour en faire des marches qui retiennent le sol dans les chemins de terre (on peut encore voir des poteaux électriques dans les parties encore à rénover, que les habitants coupaient auparavant dans ce même but).

L’entretien de la végétation demande beaucoup de temps, et les agents de reforestation comme Jair travaillent 5 jours par semaine de 8 à 17 heures.

 

Cette activité ne rapporte cependant pas assez pour subvenir aux besoins des 6 enfants et 8 petits-enfants de Jair. CoopBabilonia s’est donc diversifiée et, depuis la pacification de la favela par l’armée en 2009, la coopérative organise aussi des visites touristiques. (Cette soi-disant pacification avait pour but officiel d’éradiquer le trafic de drogue, mais, dans certaines favelas, devait en réalité éliminer la concurrence entre les trafiquants, en laissant le monopole à un gang seulement, ce qui est, reconnaissons-le, beaucoup plus rassurant.)

Randonnées pédestres (les vues sur les plages en contre-bas sont imprenables !), spectacles de samba avec un groupe de musiciens et de danseuses, repas carioca chez l’habitant ou cours de batugada (tambours traditionnels), voire même matches de foot « gringos (1) vs. favelanos », le programme proposé est varié.

Beaucoup viennent dans le cadre de tours organisés par des agences de tourisme relais, comme Brazil Sensations, l’une des premières à avoir travaillé avec CoopBabilonia. Jair avance le nombre impressionnant de 1 000 visiteurs par mois.

 

(1) : Les Brésiliens appellent gringos tous les touristes européens ou nord-américains, « surtout ceux qui ne font pas trop d’efforts pour comprendre notre culture »…

 

 

Il reste du travail…

 

Cette entrée de revenus supplémentaire est capitale pour les habitants de la favela. Voici pourquoi.

 

Lorsque la préfecture a décidé de rénover ces quartiers défavorisés, un budget phénoménal a été investi. Seulement, au Brésil comme souvent ailleurs en Amérique latine, les budgets officiels ont tendance à perdre en volume dans les échelons hiérarchiques… À cause d’une corruption prononcée, seule une partie de la favela fut rénovée – la partie basse, la plus proche de la plage et la plus accessible aux visiteurs.

Avec force panneaux d’informations et une grande présence policière, la préfecture communique sur ces beaux projets de reforestation et de construction de logements sociaux, de réservoirs d’eau potable et d’une école qui accueille aujourd’hui 175 élèves de 8 à 15 ans.

 

Babilonia était surnommée « la Favela Disneyland » pendant la période qui précédait les Jeux Olympiques de Rio en 2016, car c’est là qu’on emmenait tous les dignitaires internationaux, les agents de sécurité des équipes sportives et les rapporteurs de l’ONU pour montrer les progrès qui avaient été faits dans les favelas en général.

(voir l’article en anglais As Olympics Near, Violence Grips Rio's 'Pacified' Favelas).

 

C’est vrai que cela a sorti un grand nombre de familles de la précarité. Mais quand Jair m’emmène quelques « rues » plus haut, les sentiers bétonnés s’arrêtent net, les matériaux utilisés pour les maisons passent de la brique à un torchis approximatif, et les toits sont parfois faits d’une simple bâche au-dessus d’un foyer de plusieurs familles.

 

Ce que les touristes paient pour visiter cette favela est donc réparti solidairement pour continuer, sans l’aide des fonctionnaires corrompus, la réfaction des quartiers hauts.

Les matériaux de construction en effet, peuvent coûter jusqu’à 150 réais au mètre cube (env. 50 €/m3), voire le double pour l’acheminement jusqu’en haut de la favela si vous n’avez pas les jambes et les épaules d’un déménageur gymnaste.

 

 Une dizaine de familles vivent sous ces abris insalubres.

 

 

Avec quelques larmes et un soupir, Jair m’exprime sa fierté d’avoir réussi à survivre dans sa favela sans faire partie d’un gang de dealers ni sans avoir jamais tué personne. L’émotion augmente lorsqu’il repense à son jeune fils récemment tué dans un affrontement avec la police alors qu’il trafiquait.

 

 

Aujourd’hui, Jair a 47 ans et il veut développer sa propre entreprise de tourisme à Babilonia. Il en a déjà commandé les T-shirts !

Pour lui, avoir un travail honnête et pouvoir en vivre est plus qu’une réussite : c’est un exemple pour les générations futures. Il est heureux de voir que sa fille aînée vient parfois l’aider à recevoir des touristes, en vendant de la caipirinha en haut de la favela pour les inciter à monter jusque-là.

 

 

Il finit par une phrase qui s’applique à bien des gens, même bien loin des favelas de Rio :

 

« Si tu veux que les choses changent, n’attends rien des autres :

le changement vient de toi. »

 

 

 
 

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