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Iditarod, des traîneaux dans la taïga

16 May 2017

| par

À la rescousse des habitants isolés

 

Nous sommes au cœur de l’hiver 1925.

Au nord-ouest de l’Alaska, le petit village de Nome sur la mer de Béring fait face à une terrible épidémie de diphtérie. Et tous ses stocks d’antitoxine sont épuisés !

Le docteur Curtis Welch envoie des appels à l’aide par télégramme à tous les autres villages d’Alaska qu’il peut joindre. Les réponses arrivent une par une : plus de médicament nulle part. La seule antitoxine disponible est à Anchorage, de l’autre côté des montagnes, sur la côte sud.

Les bateaux sont immobilisés par les glaces et il est hors de question d’envoyer les paquets par avion par ce temps-là. Pour sauver les habitants de Nome, une seule solution : les chiens de traîneau, comme à l’ancienne.

 

Les 9 kg de sérum sont envoyés par train jusqu’à Nenana, et c’est ensuite au tour des chiens de prendre le relais sur les 1 085 km de piste jusqu’à Nome.

20 conducteurs de traîneaux, que l’on appelle les mushers, et plus de 100 chiens se relaient ainsi à travers forêts, vallées, taïga et toundra par des températures effroyablement basses, bravant les loups et les immensités sauvages, jusqu’à ce que le norvégien Gunnar Kaasen et son fameux chien de tête Balto arrivent à destination 5 jours et demi après que le paquet d’antitoxine a quitté Nenana.

Les habitants de Nome sont sauvés de la diphtérie, et l’exploit de cette course glorieuse fait le tour de l'Amérique. Kaasen et son chien Balto sont portés en héros – Balto a même sa statue à Central Park, à New York.

 

Ce chemin à travers les contrées sauvages de l’Alaska, parsemé de relais mais aussi d’embûches et de dangers, a été longtemps été oublié depuis l’arrivée des avions plus performants, qui permettaient évidemment de relier des villages pratiquement en toute saison, de manière généralement plus sure et surtout beaucoup plus rapidement.

 

 

 

Curiosité linguistique : le mot musher viendrait du québécois « marchons », que les francophones criaient à leurs chiens pour démarrer le traîneau. L’expression aurait ensuite été déformée par les Canadiens anglophones en march on, « en avant », puis simplifiée en march et enfin mush (le froid n’aidant certainement pas à la prononciation...).

Quelqu’un qui mush est logiquement devenu un musher

 

 

 

 

 

 

 

Sur la piste des héros

 

En 1964, le Wasilla-Knik Centennial Committee, chargé de commémorer les 100 ans de l’acquisition de l’Alaska par les États-Unis, eut l’idée de faire revivre l’exploit des mushers à travers une compétition ouverte à tous, ayant pour but de trouver les meilleurs mushers et les attelages les plus performants, suivant le même tracé que les héros d’antan, du port de Seward à Nome. Un peu comme Pierre de Coubertin fit revivre les antiques compétitions grecques par les Jeux Olympiques.

On nomma la course Iditarod Trail Sled Dog Race, « la Course de Chiens de Traîneau d’Iditarod », d’après le village indigène Iditarod qui se trouvait à mi-parcours. Après quelques années de préparation supervisées par Joe Redington, « le Père de l’Iditarod », pendant lesquelles la piste est dégagée et débroussaillée par des volontaires, la première course a lieu en 1973.

 

 

Je n’avais jamais entendu parler de cette course en traîneaux avant de lire un article très éloquent dans l’avion de Seattle à Fairbanks. L’événement était présenté comme l’équivalent de nos 24 heures du Mans, voire celui d’une finale de coupe du monde de rugby. Intrigué je demandai donc à l’hôtesse quand cela aurait lieu.

« Mais ils partent après-demain de Fairbanks ! » me répondit-elle comme un enfant attendant le Père-Noël.

 

Incroyable : les dates de la 45e édition de l’Iditarod coïncidaient avec mon séjour.

J’appris plus tard que le départ ne se faisait pas de Seward comme cela était la tradition, mais qu’à cause des neiges qui commençaient à fondre exceptionnellement tôt cette année, ils partiraient de Fairbanks qui se trouve bien plus au nord.

 

 

Les nouveaux héros

 

Je rate de peu le départ de la course, mais une semaine après mon arrivée à Ruby, c’est l’émoi au village. Le premier musher est attendu pour samedi !

Les organisateurs de la course communiquent avec le checkpoint précédent par radio. "C’est Jason qui est en tête, avec 16 chiens !"

Avions et hélicoptères atterrissent quotidiennement sur la rivière pour débarquer des sacs de ravitaillement marqués du nom des coureurs. Le foin pour les chien est étendu dans les rues. Les bancs de l’église sont mis de côté pour faire place à un dortoir temporaire.

Le Quartier Général du checkpoint envahit la salle communautaire. On pose des panneaux solaires pour recharger les ordinateurs, on plante des antennes pour avoir internet.

Le jour venu, les habitants sont tout émoustillés : les enfants brandissent des panneaux de bienvenue, les caméras de télé sont sur pied, on fait des vas-et-viens entre l’aéroport, le QG, la rivière que l’on scrute aux jumelles…

 

Les enfants attendent les premiers mushers

avec des pancartes "Bienvenue à Ruby" et "Bienvenue au joyau [de la Yukon river] !"

 

 

Le soir tombe, et toujours rien à l’horizon. Avec l’obscurité, le froid se fait plus mordant ; certains parents font rentrer leurs enfants, demain il y a école.

 

Et puis, un cri : « Le voilà ! »

Les radios crépitent, les gens se précipitent ; on fait une haie d’honneur.

Je le vois aux jumelles glisser sur la rivière : il se tient debout à l’arrière de son traîneau, il patine, même, pour aider ses chiens épuisés.

"Gling-gling", comme un traîneau de Père-Noël, ses clochettes retentissent quand il se hisse sur les rives et remonte la rue jusqu’à la place du village.

Les gens applaudissent dans un bruit étouffé par les moufles, les micros se tendent, les caméras se tournent et les photos crépitent…

Mais la priorité est au vétérinaire qui passe les chiens en revue et au responsable du checkpoint qui s’adresse au musher et lui indique sa voie de garage.

Le musher fait glisser sa cagoule sous son menton ; sa barbe est pleine de stalactites, ses yeux sont brillants et tout son corps semble transi sous ses couches de fourrures. On dirait un yeti qui revient à la civilisation. Il a vaincu les éléments ; c’est un héros des temps modernes.

 

À leur arrivée, les mushers doivent annoncer combien de temps ils comptent rester. En fonction de la difficulté des étapes précédente et suivante, ils peuvent soit utiliser jusqu’à 12 heures de leur capital repos et passer toute une nuit à un checkpoint, soit garder leur temps pour plus tard et ne dépenser qu’un minimum obligatoire de quelques heures pour faire une sieste, nourrir les chiens et réparer les éventuels accrocs du traîneau.

 

Les médias sont aussi là pour couvrir l'événement.

 

 

Un musher de chez nous

 

L’enthousiasme retombe à mesure que les arrivées se font banales : il arrive un musher environ toutes les deux ou trois heures. À part les chiens d’ici qui n’en peuvent plus de voir autant de cousins débarquer dans leur jardin, les gens n’acclament plus les mushers, qui ont pourtant bien besoin de réconfort.

Je visite régulièrement la salle communale où les mushers se réchauffent, mangent et dorment, parlent de la piste et de leurs chiens, de l’Alaska et de ses pièges.

Je fais la connaissance d’un musher français qui court l’Iditarod pour la première fois, mais qui n’en est pas pour autant à sa première expérience du grand froid : il s’agit du fameux Nicolas Vanier.

Difficile de le rater : il ne remplit pas une gamelle de chien sans que toute une équipe de France Télévision ne soit derrière lui pour lui demander son ressenti.

 

 

Quand je lui demande une courte interview après sa sieste, il a l’air désespéré : « Encore une caméra ? »

Son agent me recommande de ne poser qu’une ou deux questions et de le laisser aller se préparer. Malgré tout, c’est avec enthousiasme que Nicolas prend une de ses précieuses minutes pour moi. Ses réponses, ainsi que d’autres surprises sur l’Alaska, sont bientôt à découvrir ci-dessous en vidéo !

 

 

 

 

Le 14 mars, 8 jours, 3 heures et 40 minutes après être parti de Fairbanks, 1 757 km plus loin et avec 5 chiens en moins (il faut un minimum de 6 à l’arrivée), c’est l’Américain Mitch Saevey qui franchit le premier la ligne d’arrivée à Nome. C’est aussi celui qui aura mis le moins de temps, tous checkpoints cumulés, remportant ainsi la 45e édition de l’Iditarod Trail Sled Dog Race.

Le Français Nicolas Petit arrive troisième, derrière Dallas Saevy, le fils du champion Mitch. Quant à Nicolas Vanier, il arrive à la 36e place, ce qui est très honorable pour un rookie musher, un « p’tit nouveau » qui court l’Iditarod pour la première fois !

 

 

 

 

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