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Faux bond pour les kangourous

15 Jul 2017

| par

L’Australie.

Ce pays où l’on trouve les animaux les plus bizarres de la planète – et de nombreux parmi les plus mortels.

De même que pour l’île de Pâques, il me semble important de résumer d’abord les quelques siècles précédant mon arrivée sur cette autre île, quoique sensiblement plus grande – si vaste que l’on parle d’un pays-continent.

 

L'Australie entre ombre et lumière.

 

 

Pas de cités d’or chez les kangourous

 

Tout d’abord, il faut savoir que contrairement à de nombreuses autres terres éloignées de l’Europe, l’Australie n’a pas été peuplée par les Occidentaux pour ses trésors comme l’Amérique centrale, son or comme la Californie (le Golden State) ou l’Alaska, ni même ses ressources naturelles comme les îles des Caraïbes ou l’Asie mineure ; les colonies ont généralement été choisies selon leur capacité à accueillir une société économiquement prospère ou du moins autosuffisante. Les premiers habitants de l’Australie y sont venus parce que… ils y furent forcés !

 

Au XVIIIe siècle, le droit britannique prescrivait la peine de mort pour des vols de 40 shillings, et les juges préféraient condamner les coupables pour des larcins de 39 shillings afin de leur épargner la pendaison. Mais que faire de tous ces prisonniers qui surpeuplaient les prisons ? La Couronne les envoyait outre-Atlantique pour y être apprentis-serviteurs dans les colonies, mais en 1783 la révolution américaine mit fin à ces transferts et la Grande-Bretagne dut bien trouver un autre déversoir. Après avoir envisagé des terres le long du fleuve Gambie en Afrique de l’Ouest ou près de l’embouchure de l’Orange qui sépare aujourd’hui la Namibie de l’Afrique du Sud, deux endroits particulièrement désertiques et inhospitaliers, on envoya les navires de prisonniers en 1788 dans cette lointaine contrée que James Cook avait visitée dix-huit ans plus tôt.

Destination Botany Bay – là où se trouve actuellement la ville la plus peuplée d’Australie : Sydney.(1)

 

Les Britanniques sont arrivés avec leurs moutons et leur bétail, leurs cultures céréalières et surtout leur culture européenne.

Dans la plupart des endroits où ils se sont installés, les premiers agriculteurs ont trouvé le climat bon, une terre a priori arable et des pluies régulières. On sait aujourd’hui que cette région du monde est touchée par les Oscillations Australes d’El Niño (ENSO) et que les précipitations sont variables et changent environ tous les dix ans. Peu de temps après les lourds investissements de ces colons pour s’installer sur des terres qu’ils espéraient rentables, les pluies se firent rares et les récoltes bien maigres, quand elles n’étaient pas tout simplement repoussées à l’année d’après.

Comme les Vikings qui se sont installés au Groenland au cours d’une période douce du XIe siècle, croyant que le climat observé était la norme mais qui sont morts lorsque le froid revint, les Australiens ont méjugé le climat et leur environnement ; sans chercher à exploiter des ressources locales, ils voulurent faire pousser des plantes et brouter des animaux qui venaient de chez eux.

 

Un animal que les colons anglais trouvèrent bien étrange, aujourd'hui symbole du pays : le koala.

 

 

Un vin ? En vain !

 

Même si l’on sait aujourd’hui que c’est une erreur écologique d’importer des animaux d’élevage sur un écosystème qui a évolué séparément pendant des millions d’années et dont les sols ainsi que la couverture végétale ne sont aucunement adaptés à la broute, il est difficile pour toute une nation de remettre en question des siècles d’identité socio-culturelle.

Les Vikings du Groenland ne voulurent jamais abandonner l’élevage de bétail malgré le climat inadapté et malgré leur impact sur les maigres prairies – ils délaissèrent tout de même les porcs et les chèvres qui sont les plus dévastateurs. Manger du phoque comme nos voisins les Inuits ? Nous, grands guerriers du nord ? Jamais ! En plus ça sent mauvais et ce n’est pas bon. Rien ne vaut une bonne côte de boeuf. (Les Inuits, extrêmement adaptés aux climats froids depuis des milliers d’années de migrations depuis le nord américain, étaient appelés les skrælings par leurs voisins vikings, ce qui signifie "les laids" ou "les faibles". Ceux-là ont survécu, pas les Vikings.)

 

 

Les Australiens contemporains ne mangent pas de kangourou – une viande pourtant maigre et excellente pour la santé et pour le palais ! Si comme moi vous demandez un bon vin rouge pour accompagner un steak de kangourou, le caviste vous répondra avec son bon accent aussie : "Mate, come on… we don’t eat kangaroo here."

Et il vous vendra un rouge adapté à une pièce de bœuf ou d’agneau car c’est ce que tout le monde mange le dimanche midi.

 

Mais personnellement, je vous recommande chaleureusement le kangourou qui fut mon premier repas en Australie, grâce à des hôtes très attentionnés et fins cuisiniers, autant pour l’expérience que pour un moindre impact écologique sur cette terre fragile – leurs pattes douces endommagent d'ailleurs moins le sol que les durs sabots de mouton.

 

 

Le fossile qui voulait être un jardin

 

Terre fragile, l’Australie en est une en effet ; un pays fertile est le résultat de différents facteurs que les géologues et archéologues savent très bien identifier.

 

Une éruption volcanique ramène les éléments nutritifs à la surface du sol. Un peu comme quand on mélange une salade à sa sauce tombée au fond du saladier, une activité volcanique brasse la terre et fait remonter la matière jeune formée en profondeur. Sur ce point, l’Australie ne peut jouir que d’une petite zone à l’est où des volcans étaient tout feu tout flamme il y a quelque cent millions d’années.

 

On peut aussi compter sur les glaciers, qui jouent un rôle important dans le renouvèlement des sols : en se déplaçant, ces énormes masses rugueuses raclent et labourent la croûte terrestre en profondeur, laissant en plus leurs minéraux sur place en fondant. Là encore, l’Australie n’est pas première de la classe avec moins de 1 % de son territoire recouvert par les glaces au cours du dernier million d’années.

 

Enfin, si l’Amérique du Nord, l’Europe ou l’Inde sont des régions généreuses pour les agriculteurs à cause des mouvements tectoniques qui poussent aussi les terres vers la surface, seules quelques coins de ce continent austral ont bénéficié de ce bonus, principalement au sud autour de la ville d’Adelaïde et au sud-est dans la Great Dividing Range, la Cordillère australienne.(2)

 

L’Australie est une terre vieille et pauvre, où la vie s’est épanouie à petits pas vers un équilibre fragile, où le sol ne supporte que ce que des millions d’années lui ont permis de développer, où les koalas ne mangent que le nombre de feuilles que la nature peut leur fournir. Ajoutez une espèce de trop et c’est toute la structure de ce château de carte naturel qui est mise en danger.

On ne peut pas faire pousser et entretenir un jardin anglais sur un fossile.  

 

En fait, si. On peut.

Même que c’est facile, de nos jours. Il suffit de rajouter de l’engrais.

Une des régions agricoles les plus productives actuellement est située au sud-ouest du pays, dans ce que l’on appelle la ceinture céréalière.

Le sol y est extrêmement sablonneux et infertile depuis les débuts de l’activité agricole des colons européens, car les nutriments du sol ne s’y renouvèlent pas aussi rapidement qu’en Europe, et ils y ont été pompés en quelques années seulement par les céréales étrangères. De vastes terrains sont nécessaires pour avoir un rendement économiquement intéressant. Cela nécessite cependant des frais plus importants notamment en carburant pour les machines agricoles devant couvrir toute cette surface. En réalité, la ceinture céréalière est un vaste "pot de fleur", où le sable du sol n’est que le substrat physique auquel il faut constamment ajouter, chimiquement, tous les éléments nutritifs nécessaires.(3)

 

 

Le coût du lapin

 

Un des pires fléaux importés par les Européens pour l’écosystème australien est sans nul doute le lapin.

Même si l’origine est peu claire, on pense que, comme pour beaucoup d’autres espèces introduites, notamment d’oiseaux, c’est en tant qu’animal de compagnie que le lapin a été importé en Australie, à moins que ce ne fut pour les plaisirs de la chasse. Se reproduisant rapidement, il a vite pullulé, mangeant environ la moitié de la végétation servant au pâturage ainsi que des cultures vivrières.

Pour remédier à ce mal qui ronge, les autorités décidèrent de lui confronter son prédateur naturel sur ses terres d’origine : le renard. Mais il y avait tellement à manger en-dehors des lapins, comme tous ces petits animaux endémiques qui ne connaissaient pas le renard et qui n’eurent pas le temps d’évoluer pour se défendre, que Maître Goupil a proliféré à son tour, sans régler le problème des lapins – et présentant un nouveau danger pour la faune locale !

 

L'un des petits mammifères australiens menacès par ces nouveaux prèdateurs est le chat marsupial moucheté.

 

Cherchant un moyen économique pour se débarrasser de ces nuisibles, le gouvernement introduisit le virus de la myxomatose dans les années 1950, réduisant ainsi la population de lapins de 90 % ; mais ceux-ci s’adaptèrent rapidement, les survivants passant leurs gènes moins réceptifs à la maladie aux générations suivantes, et très vite ces lapins résistants se reproduisirent à nouveau.

Faisant des tests sur un autre virus également spécifique aux lapins appelé calicivirus, des chercheurs le laissèrent accidentellement s’échapper des laboratoires en 1995 et environ huit millions de lapins moururent. Les Australiens accueillirent cet accident avec beaucoup d’enthousiasme mais les applications restent expérimentales.(4)

 

Aujourd’hui, les cultures, les jardins ou encore les parcs naturels et animaliers doivent être entourés d’une grillage appelé rabbit-proof fence, aux maillages assez fins pour que ni un chat ni même un lapin ne puissent entrer (soit dit en passant, rabbit-proof fence est aussi le titre d’un excellent film sur la génération dite "volée" des Aborigènes au XXe siècle).

 

Je travaillais sur un tel projet de grillage à l’Australia Walkabout Wildlife Park, en Nouvelles-Galles du Sud.

Voici une courte vidéo où le ranger John Forrest, responsable construction et maintenance de ce parc animalier de 70 hectares doit changer le tablier du grillage, cette partie couchée sur le sol pour qu’un animal ne puisse pas creuser un tunnel en-dessous.

Le grillage fait 2 km de long et entoure une zone de 33 ha.

 

(N'oubliez pas d'activer les sous-titres français dans les paramètres de la vidéo

pour une parfaite compréhension du sujet !)

 

 

 

 

 

Les Australiens ne mourront pas demain

 

La seule chose qui différencie les Australiens d’aujourd’hui des Groenlandais du XIe siècle est l’isolement.

Autrefois, les royaumes européens envoyaient un bateau par an aux Vikings pour leur échanger du fer pour leurs épées (il n’y a pas de filon au Groenland) avec de l’ivoire de morse et de narval parce que, à cette époque, les invasions arabes en Europe les privaient de celui des éléphants d’Afrique.

En revanche, aussi éloignée l’Australie soit-elle des autres pays développés d’Europe et d’Amérique du Nord, on compte par millions les containers apportés par les supertankers qui y déversent chaque année leurs biens de consommation, importés de toutes les autres régions du monde.

Ce n’est donc pas demain que les Australiens mourront de faim ; mais à quel prix pour leur île !

 

 

 

 

Sources :

  1. DIAMOND Jared, Effondrement, Gallimard ; 2006, p. 603-604

  2. Id. p. 594

  3. Id. p. 595

  4. Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation (CSIRO), Rabbit calicivirus disease (RCD), consulté le 10/07/2017 sur https://web.archive.org/web/20140415081441/http://www.csiro.au/Outcomes/Food-and-Agriculture/RCDFactsheet.aspx. (Consulter ici le document d'archive en PDF.)

 

 

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