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Mon train-train quotidien : la redécouverte sur les bons rails

6 Feb 2020

Il me faut exactement 22 minutes pour me rendre d’une gare à l’autre. Quand il n’y a pas de grève. Ou de bagage oublié. Ou d’arrêt inexpliqué au milieu des voies. Ou même de blocage inopiné du système d’ouverture des portes. Oui, en une semaine, on a déjà eu tout ça.

Cela n’entache pas mon amour pour ce moyen de transport : le train. Fidèle à mon carpe diem, je prends ces trajets comme une aventure renouvelée chaque jour.

 

 

Train aller, train retour : un train-train qui ne manque pas d’entrain !

 

Sous la pluie ; dans les brumes qui précèdent l’aurore ; au coucher du soleil ; à travers la nuit noire où le reflet de mon regard solitaire n’est percé que par quelque lointaine lumière des villes…

Pour moi, le train-train n’est pas une routine. C’est la possibilité de redécouvrir un espace chaque jour. « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve » selon la philosophie d’Héraclite. Je ne glisse jamais deux fois dans le même trajet.

Les volumes que nous traversons ne sont jamais les mêmes, et je ne suis jamais de la même humeur en les regardant. Il n’y a jamais eu deux fois la même personne à mes côtés. Je ne suis même pas sûr que ce fût jamais deux fois le même wagon qui me transportât, ni le même conducteur. Et je suis sûr de ne pas avoir vu deux fois la même contrôleuse.

Autant de bonnes raisons qui me font considérer chaque trajet comme une nouvelle aventure.

 

 

Un jet à travers : un trajet

 

En quittant la campagne, le train se faufile entre les bâtiments, les lotissements, des géants immobiles qui ne peuvent que regarder passer notre souple démarche. Nous passons au-dessus d’une rivière, en-dessous d’une autoroute, nous contournons vaguement un complexe de concessionnaires automobiles. Nous sommes un serpent qui chenille – ou l’inverse selon notre vitesse. L’origine du mot trajet le rapproche de la traversée. Nous fendons le paysage et les immeubles, et je nous suis parfois mentalement depuis le ciel, imaginant les wagons, les uns derrière les autres, épouser les courbes immuables de la ligne.

 

De ligne, le trajet en est plein. Celle de l’horizon qui se matérialise en petits points lumineux quand la nuit est tombée. Elle suit les courbes et les volumes du pays, là une route, çà un village, tant d’humains soit blottis chez eux soit frénétiquement mobiles, éclairés par l’abus de confiance dans notre système de production électrique. Je le suis aussi en prenant le train.

Une autre ligne est celle des voies, bien sûr. Quand je regarde le lourd et svelte véhicule approcher avant qu’il ne s’arrête pile devant moi, je regarde les reflets du jour naissant suivre deux traits aussi courbes que la planète, c’est-à-dire infiniment droits, surmontés d’un tunnel de vide transperçant le paysage alentour, maisons, arbres, routes et rivières, vallées et collines.

Les lignes sont aussi sur les visages autour de moi. Serrés, tout proches, bien au-delà des limites de la bulle individuelle de confort, on ne se regarde pourtant pas. Le moindre interstice entre deux épaules et le regard s’enfuie vers le lointain. Parfois, derrière la vitre, dommage, un mur de roches. Rien de spécial à voir. Alors on regarde ses lacets, son écran de téléphone, le genou d’en face ou la tache dans le dos d’un veston. Moi je regarde ces regards, je vois ces malaises et ces indifférences, je tente de lire entre les lignes d’un costume – un matin de bureau normal pour ce cadre quarantenaire –, d’un talon qui sautille – un rendez-vous important ? – ou d’une chevelure un peu emmêlée – un départ trop hâtif !

 

Dans ma classe de maternelle on avait dû représenter la semaine sur une frise horizontale où les jours se suivaient, linéaires. Arrivés au bout, l’humanité n’avait qu’à repartir à la case départ et se relancer à l’assaut de la semaine, la même qu’avant, avec le lundi en bleu, le mardi en jaune… Il n’y a rien de linéaire au temps ! On le voit faire le tour de nos montres, et toutes les 12 heures c’est reparti pour un tour. Mais non : les secondes jamais ne se rencontrent ; il faudrait un cadran différent par heure, ou un décompte des heures non plus sur 12 mais sur 168 pour voir notre semaine comme un tout, 730 même si l’on prend le mois pour base, pourquoi pas 8 760 pour que l’année soit enfin une grande aventure ! On pourrait même proposer un cadran de 720 685 heures, basé sur l’espérance de vie moyenne en France. Quitte à choisir une ligne autant qu’elle soit complète. Il y en a que ça fait flipper de voir leur temps à vivre sur un écran ou sur un papier. On se dit : combien ai-je déjà grillé ? En ai-je vraiment profité ? Ou plus angoissant : combien me reste-t-il ? Peut-être prendrait-on davantage la mesure ou la valeur du temps.

 

Le temps, cette suite de points... sur une ligne.

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